Voie off

Blog de Caroline Fabre-Rousseau

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Prochain évènement : Rencontre avec des classes de collégiens, lundi 8 avril, à Montpellier

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Voici l’illustration du chapitre 15 : l’entrée d’un délicieux dîner concocté par des amis attentionnés. Ils ont fidèlement suivi le menu choisi par Dominique à la paillote : pétoncles de noix de Saint-Jacques aux fruits rouges, magret de canard au miel et fondant au chocolat.
Quand la réalité rejoint la fiction dans une assiette, c’est très agréable ! Un grand merci pour ce moment savoureux…

Voici l’illustration du chapitre 15 : l’entrée d’un délicieux dîner concocté par des amis attentionnés. Ils ont fidèlement suivi le menu choisi par Dominique à la paillote : pétoncles de noix de Saint-Jacques aux fruits rouges, magret de canard au miel et fondant au chocolat.

Quand la réalité rejoint la fiction dans une assiette, c’est très agréable ! Un grand merci pour ce moment savoureux…

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Lundi 11 février, lundi de Marie : présentation du roman, lecture d’une nouvelle inédite “je voudrais tellement avoir chaud”, performance d’écriture devant un tableau de Seb M, poème sur le tramway. Petit gag quand je commence la lecture de la nouvelle ; “bientôt dix-huit ans que j’habite à Sébazac. Vous connaissez ?” Deux oui tonitruants s’élèvent dans le salon. Et pourtant la réponse était “non, c’est normal. Sébazac et tellement loin de tout qu’il faut changer deux fois de bus pour aller à Rodez.” Ce sont les aléas du direct…qui font ensuite le plaisir des échanges !

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Une matinée avec des lycéens

Ils sont jeunes, ils sont curieux. Ce sont des lycéens de 16 ans. Ils n’ont pas connu la guerre ni  la propagande nazie. Mais ils ont entendu la voix des Malgré-nous à travers leurs lettres et  le témoignage de trois rescapés de Tambov. Ils ont livré des textes  émouvants sur les petits détails de la vie qui en font toute la saveur quand il faut partir. C’était un moment de grâce. C’était vendredi dernier.

Merci à eux et à leur professeur pour leur accueil. Qu’ils continuent à lire, à vibrer et à écrire !

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Une deuxième nouvelle publiée ce mois-ci dans Femme Actuelle Extra.
Vous saurez tout sur les noeuds de cravate et les rallyes ! 

Une deuxième nouvelle publiée ce mois-ci dans Femme Actuelle Extra.

Vous saurez tout sur les noeuds de cravate et les rallyes ! 

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Rencontre/dédicace avec les membres de l’American Women Group du Languedoc-Roussillon. In English of course ! Débat intéressant sur la différence entre la nouvelle et le roman, deux genres littéraires  diversement appréciés des deux côtés de l’Atlantique. Clair Symonds nous a présenté son autobiographie, “Romance and Revolution”, une histoire d’amour et de danse avant la chute du Shah. 

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Prochaines rencontres

Jeudi 31 janvier, rencontre avec les lectrices de l’American Women’s Group de Montpellier sur le thème de l’écriture et de la création littéraire

Vendredi 8 février, rencontre/débat avec les classes littéraires du lycée de la Merci

Lundi 11 février, lecture aux lundis de Marie, un salon littéraire comme du temps de Madame Récamier.

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Une nouvelle publiée dans le n°4 de Femme Actuelle Extra

LES ÉLÉPHANTS DE COPENHAGUE

Je fais un métier de rêve. Tout le monde m’envie. Je voyage, je maîtrise les langues étrangères, je rencontre des gens nouveaux sans arrêt, j’ai des responsabilités et je gagne bien ma vie. J’ai réussi tous les concours, accumulé tous les diplômes nécessaires : je suis guide touristique. J’ai réalisé mon rêve, j’ai atteint le sommet.

Je suis tombée. Mais pas d’un coup. C’est venu petit à petit, à force de résoudre les problèmes des autres. Au début cela m’amusait et j’avais l’impression de participer à un grand jeu, plein de surprises. Trouver un médecin, parce qu’un touriste se fait mordre par un serpent à soixante-dix kilomètres de l’hôtel ? Facile ! Rabibocher un couple parti pour un voyage de la dernière chance, si agressif qu’il massacre l’ambiance de tout le groupe ? Très intéressant, humainement parlant. Improviser une soirée festive pour cinquante trois personnes, parce que le restaurant réservé depuis des mois a fait faillite, sans crier gare ? Amusant ! J’avais un grisant sentiment de puissance et de maîtrise totale. Mon jeune cerveau et mon inventivité débordante venaient à bout de tous les défis.

Cependant, à force de résoudre sans arrêt des problèmes, j’ai fini par en voir partout. Je les anticipais, je les examinais, je les analysais, ma vie était devenue un rallye permanent, avec des épreuves à chaque étape. Je pensais que c’était le privilège de l’expérience et que j’allais être de plus en plus calée. Mais j’ai dû glisser dans mes bagages des petites pilules blanches pour éviter les nuits blanches.

C’est le voyage à Copenhagen qui a tout précipité.

J’avais accepté de prendre en charge un groupe de jeunes retraités qui faisait partie d’une association culturelle. C’était facile, car ils étaient accompagnés de Pierre, professeur agrégé à la retraite, déjà parti à Copenhague. Il s’occuperait des conférences et moi de l’intendance. L’hôtel était déjà choisi, je devais seulement réserver les billets d’entrée dans les musées, les excursions dans les bateaux, les repas dans les restaurants et servir d’interprète le cas échéant. La routine, sans la culture, en somme un séjour light.

Les problèmes ont commencé avant même de partir. Pierre m’a téléphoné au dernier moment, car il ne retrouvait plus les coordonnées de l’hôtel. J’ai sorti mon agenda et lui ai répondu sans hésiter. J’y avais noté tous nos déplacements, le programme complet avec les adresses et les heures des visites, afin d’avoir tout sous la main. J’étais très fière d’avoir réussi à tout faire tenir dans les plages horaires du petit carnet. J’y avais également glissé mon passeport pour ne pas le chercher fébrilement au fond de mon sac. Une technique que j’avais peaufinée au fil des années. Quand je suis arrivée à l’aéroport, la plupart des gens m’attendait déjà. Nous étions très en avance. J’allai de groupe en groupe, devisai agréablement et fis connaissance avec tout mon troupeau. Une dame me demanda alors quel jour nous visiterions le château d’Hamlet. Je plongeai la main dans mon sac et n’y trouvai que du vide : mon agenda était resté près du téléphone. Je réussis à cacher mon affolement, inventai une réponse et me précipitai à l’extérieur pour téléphoner. Il fallait qu’on m’apporte le plus vite possible le précieux sésame, car l’embarquement allait bientôt commencer. En attendant, je continuai à parler avec les uns et les autres, feignant la décontraction et craignant au fur et à mesure que les minutes passaient de ne pouvoir m’envoler avec eux. Les documents sont arrivés au moment où l’on m’appelait et je les ai présentés à l’hôtesse avec flegme. Intérieurement, j’étais effondrée. Je réalisai que le plus grave problème à résoudre dorénavant, ce serait moi. Je suis montée dans l’avion le sourire aux lèvres et le ventre noué.

Ce premier faux-pas m’a plongée dans des abîmes de perplexité. Jusqu’alors, je n’avais eu à gérer que les coups du sort et les blagues du destin, événements qui ne dépendaient pas de moi. Maintenant il fallait me méfier de moi-même et surtout bien cacher mon jeu.

Je me mis à perdre pied petit à petit. J’avais dans le groupe une certaine Madame Martichon, qu’il avait fallu convaincre de prendre une chambre simple avant le départ, car ses compagnons de voyage refusaient de cohabiter avec cette femme à l’air hébété et aux manières plus que rustiques. Les pieds traînants et l’air absent, elle manquait constamment à l’appel. Je passais mon temps à compter et recompter les membres du groupe, j’avais la tête pleine de chiffres, trente et un, trente deux, mais où est donc Madame Martichon, me suis-je trompée, vérifions encore, et le groupe trépignait et j’avais peur de manquer le bus ou le bateau, mais où est donc Madame Martichon? Cela devenait une obsession, une rengaine. Je faillis vraiment la perdre dans la ville libre de Christiania, parmi les vapeurs de marihuana. Ce sont des hippies au regard menaçant qui nous l’ont ramenée. Elle prenait en photo les étalages d’herbes en vente libre sur les tréteaux. A cause d’elle, nous avons failli râter le bateau pour visiter le port. J’ai couru comme une folle pour acheter les trente-quatre billets du groupe et ma veste est restée accrochée à la rambarde de la guérite.Une grande déchirure a fendu la toile de bâche orange vif, visible de loin et imperméable. Ma veste était hideuse, mais me rendait de nombreux services depuis des années. Soudain, je me suis sentie très vulnérable.

Dans mes attributions, je devais payer les dépenses du groupe en liquide et l’on m’avait confié la caisse. J’ai toujours eu un rapport distant avec les chiffres. Je règle mes achats par carte bleue, sans même regarder le montant et n’ai jamais d’argent sur moi. A force de compter et recompter les participants et les sous, je mélangeais tout. Le soir, c’était un véritable supplice de calculer ce qui restait et ce que je devais prévoir pour le lendemain. Je suis devenue de plus en plus nerveuse. Pour prévenir les insomnies, j’ai doublé la dose de somnifères. J’avais l’impression qu’ils me faisaient de moins en moins d’effets. J’ai lu la notice qui passait en revue les effets secondaires : « palpitations, anxiété, agitation, dépression, états phobiques », ce qui eut pour effet immédiat de les déclencher.

J’avais toujours peur d’être prise en faute. Alors pour faire bonne impression, je faisais des prodiges d’économie. Je négociais tous les prix. Mais quand j’annonçai triomphalement à Pierre le montant de mes efforts, il faillit s’étrangler et me chapitra. Le groupe était membre d’une association à but non lucratif, le prix du voyage était calculé au plus près pour que les recettes correspondent précisément aux dépenses, bref il fallait que je me débrouille pour trouver un restaurant qui éponge le surplus au centime, ou plutôt à la couronne danoise près. J’étais consternée. J’avais réussi à m’imposer moi-même de nouveaux calculs compliqués, alors que je les détestais ! Encore un faux-pas.

Afin de cacher mes faiblesses et de prévenir les plaintes, je faisais également des prodiges d’amabilité. Le matin je passais de table en table, prenais des nouvelles de chacun et donnais la météo du jour, pour que les participants s’habillent de manière adaptée.A midi, je traduisais tous les menus. Le soir, je rendais service. Je ne voulais pas qu’on découvre mes failles. Je ne voulais pas décevoir trente-trois personnes qui croyaient dur comme fer que j’étais leur mère à tous, que j’avais réponse à tout et que j’étais là pour résoudre tous les problèmes, même ceux que je m’infligeais à moi-même.

Les membres du groupe se mirent à m’adorer. J’avais trente ans de moins qu’eux, mais j’étais devenue leur maman. Ils me bombardaient de questions pour un oui, pour un non, comme font les enfants d’une famille nombreuse qui veulent attirer l’attention et les faveurs maternelles. De guide, je devins cornac à la tête d’un troupeau d’éléphants lents et flétris, que je traînais dans les brasseries, les musées, les églises,les châteaux, les bateaux, les parcs et les restaurants et qui s’arrêtaient en route pour réclamer une glace, faire pipi ou prendre beaucoup trop de photos. Quand je les compare aux éléphants, ce n’est pas péjoratif, car l’éléphant est un animal noble et distingué au Danemark. Christian V en a fait l’emblème de l’ordre le plus fermé du royaume. C’est ainsi que d’énormes pachydermes trônent au bas de l’orgue de l’Eglise « Notre Sauveur ». Mes éléphants les ont bien entendu mitraillés avec ferveur avant de monter à l’assaut des quatre-cents marches de l’escalier en colimaçon. Ils m’ont ensuite demandé quelle était la hauteur du clocher, comment s’appelaient les monuments que l’on voyait du sommet, quel temps il allait faire le lendemain et ce qu’on allait manger le soir. Je ne savais plus comment m’en dépêtrer.

C’est Olaf qui m’a sauvée. Mais d’abord il m’a fait perdre la tête. Olaf est coordinateur des expositions du musée de Charlottenburg. Je l’avais contacté à la demande de Pierre. Cet après-midi-là, le groupe avait quartier libre. J’ai rencontré Olaf à la boutique du musée. Il m’a invitée à boire un café et m’ademandé ce que je pensais de l’exposition. Je n’en pensais pas grand-chose, car mon attention avait été entièrement absorbée par le concert qu’on y donnait ce jour-là. J’étais encore sous l’émotion des « Cantates » de Bach qui avaient résonné si étrangement au milieu des tableaux modernes et des sculptures déjantées. J’ai un faible pour les « Cantates » de Bach. Elles me font souvent verser des larmes délicieuses. Olaf m’écoutait avec attention. A ma grande confusion, mes larmes délicieuses se sont transformées en véritables torrents. Je me penchai vers mon sac pour cacher ma honte et trouver des mouchoirs en papier. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Etait-ce le manque de sommeil, les yeux bleus d’Olaf, son attention, la douceur de ce moment, le sentiment de liberté que me procurait cette parenthèse loin des éléphants ?Je me disloquais complètement.

Olaf réagit en parfait gentleman. Il ne prit pas cet air gêné de l’homme face à la femme en pleurs. Il me proposa un tour en vélo et m’emmena au Dansk Design Center, un musée remplie de sièges doux et ronds de toutes les couleurs. Je les essayai tous et repris mes esprits. Sur le chemin du retour, Olaf me montra un restaurant typique, à la façade laquée rouge foncé et aux rideaux immaculés sur des tringles en cuivre bien astiquées. Il me plut et je réservai immédiatement trente-quatre soles danoises aux crevettes pour le repas bonus de mes éléphants. Je remerciai Olaf de m’avoir guidée dans la ville. Je repartis le nez au vent, la tête dans les frondaisons et je vis enfin les nuages qui ourlaient les clochers de Copenhague. Dans une boutique, une veste vert émeraude attira mon attention. Je l’achetai. Elle était beaucoup plus jolie que la veste orange que je jetai dans la poubelle de l’hôtel sans aucun regret.

Bach m’avait lavée de mes mirages de perfection. Il m’avait guidée vers un moment d’abandon. Et qui sait, Olaf aimerait peut-être ma nouvelle veste ?

Le lendemain, je répondis à toutes les questions des éléphants sans sourciller.

Le soir, bien nourris et satisfaits, ils me firent des compliments à n’en plus finir. Enfin, ils ne mangeaient ni harengs ni pain noir et j’étais la meilleure guide qu’ils aient jamais eue.

C’était notre dernier jour dans la capitale danoise, certains étaient un peu éméchés, l’atmosphère était à la fête. Je racontai alors à Pierre que je n’étais pas la bonne élève qu’il croyait et que j’avais failli les laisser en plan à l’aéroport. Son bouc impeccablement taillé se figea, trembla, puis disparut dans les plis de son double-menton, secoués par un rire homérique. Madame Martichon le regarda avec surprise. Il se reprit, loua mon self-control et me demanda s’il y avait eu d’autres cachotteries.

–Oui, lui avouai-je. Les statues de Copenhague… Elles sont fausses.

–Pas du tout, ce sont des originaux, s’écria-t-il avec véhémence.

–Je veux dire… En fait, aujourd’hui, j’ai raconté n’importe quoi sur les statues.

Madame Martichon nous lança des regards affolés.

–Quand on me demandait de quel roi il s’agissait, je répondais au hasard Christian V, Christian IV ou Frédéric III…

Pierre sourit.

–Ils ont vérifié ?

–Non. Je ne crois pas. En tout cas, ils ne m’ont rien dit.

–Ça leur apprendra. Vous avez eu bien raison. La prochaine fois ils se méfieront des guides.

Le lendemain, j’ai accompagné le groupe à l’aéroport comme il se doit. Mais ils ont pris l’avion sans moi. Je suis restée à Copenhague. Je marche le nez en l’air, avec ma nouvelle veste. Olaf l’aimera peut-être ?