Voie off

Blog de Caroline Fabre-Rousseau

Livres

  • Bibliographie

Quelques ouvrages pour aller plus loin :

DIBLING Paul, 39/45 ou les Tribulations d’un Alsacien, publié à compte d’auteur, 2001.

GRAWAY Robert, Mémoire d’un Alsacien, Beutziger Editions, 2003

KRUSE Harald, Coupable ou innocent à Oradour ? Bielefeld, 1995

GUILLET Laurent, Des fleurs sur les cailloux. Les enfants de la guerre se racontent, Editions Laurent Guillet, Limerzel, 2010.

  • Mes livres du moment
- “I’m the messenger” de Markus Zusak. J’avais lu “The Book Thief” et je redoutais un peu. Trop dur, trop noir, trop morbide. Ici, rien à voir. On découvre un jeu mystérieux avec des cartes où sont griffonnés des messages, des adresses, des noms, des énigmes. Il revient à  de les élucider. Cet anti-héros  a fait échouer un braquage presque par mégarde. C’est un chauffeur de taxi de 18 ans, qui a menti sur son âge pour avoir la licence, amoureux transi et platonique d’une fille trop belle pour lui, ami de deux autres ratés avec qui il joue aux cartes, méprisé par sa mère, bref un tableau peu réjouissant et un auto-portrait sans concession. Il va rencontrer une vieille dame seule, un prêtre sans paroissien, une coureuse aux pieds nus, un ivrogne brutal qui terrorise, bat et viole sa femme, une famille trop pauvre pour changer les ampoules des guirlandes de noël, une mère seule qui offre des glaces à ses enfants une fois par semaine, il va manier les armes à feu, escalader un clocher, espionner sa mère, se faire rosser et devenir meilleur. C’est prenant, désopilant, émouvant et très original.  
-“La Déesse des Petites Victoires” de Yannick Grannec : Je vous préviens, que les choses soient claires, je n’aime pas les maths et les mathématiciens m’inquiètent. Quand j’étais petite, mes parents comptaient parmi leurs connaissances un mathématicien chercheur au CNRS, que l’on a retrouvé errant sur des rails de chemin de fer, marmonnant des discours incompréhensibles, persuadé d’être poursuivie.  Il a fait de nombreuses cures de sommeil. Sa femme n’a pas tenu le coup et a fait une dépression. La déesse des petites victoires, c’est Adèle, l’épouse de Kurt Gödel, qui se promenait tous les jours à Princeton avec Albert Einstein, Adèle qui ne comprenait rien au maths et qui est resté aux côtés de son fou de mari pour le protéger de lui-même, Adèle, la terrible vieille dame qui terrorise la jeune Anna, chargée de l’apprivoiser pour récupérer les archives de Gödel. Adèle a tout supporté, le mépris de sa belle-famille, l’exil, la condescendance des universitaires de Princeton, l’égoïsme cruel de son mari. Elle n’a pas eu d’enfant, a tout juste réussi à avoir une petite maison et a tenu le coup grâce à la rage. Comme dit W. Blake “les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir”. Yannick Grannec nous promène à travers les vissicitudes du 20e siècle, du vieux au nouveau continent (en traversant la Russie), et arrive à nous faire avaler quelques théorèmes très abstraits ! Adèle transmet son énergie à Anna, qui se jettera probablement dans la gueule du loup, en toute connaissance de cause. On lui souhaite de ne pas craquer comme l’épouse du mathématicien de mon enfance … 

-“the Buddha in the Attic” (bizarrement traduit par  ”les femmes qui n’avaient jamais vu la mer”) et “When the Emperor was divine”  de Julie Otsuka.  Deux livres coups de poing, percutants, poétiques et sans concession. On y découvre deux épisodes peu glorieux de l’histoire americano-japonaise. Des jeunes femmes ou jeunes filles japonaises (la plus jeune avait à peine 14 ans) sont livrées en pâture à des maris japonais qui les attendent de l’autre côté du Pacifique. Au vu des lettres et des photos, chacune croit épouser un homme jeune, riche et beau, éduqué et raffiné au vu des lettres. Hélas, tout est truqué. Il s’agit de trafic de chair humaine pour fournir de la main d’oeuvre à bon marché aux américains et des boniches bonnes pour les corvées et les exigences sexuelles de ces paysans menteurs. Elles supportent le choc, les conditions de vie et le racisme. Elles  deviennent femmes de ménage, ouvrières agricoles, putains, toujours soumises, toujours discrètes. Une fois intégrées dans la population locale, après l’attaque de Pearl Harbour, elles sont déportées en secret avec leurs enfants dans des camps d’internement disséminés sur le sol américain, soit-disant pour les protéger, tandis que leurs maris sont interrogés, sequestrés, internés, en un mot,  brisés. La fin de la guerre ne signifie pas le retour à une vie normale. Les maisons ont été pillées ou brûlées pendant leur absence. Les Japonais resteront “l’ennemi” pendant des années. J’ignorais tout de leur histoire.  Elle sera imprimée à jamais dans ma mémoire, grâce à la poésie des détails, criants de vérité.

“Wonder” de R.J Palacio (même titre en français)    Un livre pour ados qui plaît aux adultes et qu’il faudrait faire lire à tous les collégiens et à leurs professeurs. Les premiers pour changer de regard devant le handicap, les seconds pour changer de pédagogie et imiter les profs et directeurs fabuleux de ce collège américain. Des amies américaines m’ont dit que le collège n’était pas idéalisé… J’ai du mal à le croire. “Wonder” est le surnom d’un pauvre gosse doté d’un visage monstrueux et la description de son année en 6e, après avoir été scolarisé chez lui. Harcèlement, ostracisation, complots et  petites victoires grâce à quelques chics filles et garçons. C’est bien sûr très américain, avec des trémolos, de la naïveté, de l’affect, mais aussi drôle et édifiant. 
-“La Déesse des Petites Victoires” de Yannick Grannec : Je vous préviens, que les choses soient claires, je n’aime pas les maths et les mathématiciens m’inquiètent. Quand j’étais petite, mes parents comptaient parmi leurs connaissances un mathématicien chercheur au CNRS, que l’on a retrouvé errant sur des rails de chemin de fer, marmonnant des discours incompréhensibles, persuadé d’être poursuivie.  Il a fait de nombreuses cures de sommeil. Sa femme n’a pas tenu le coup et a fait une dépression. La déesse des petites victoires, c’est Adèle, l’épouse de Kurt Gödel, qui se promenait tous les jours à Princeton avec Albert Einstein, Adèle qui ne comprenait rien au maths et qui est resté aux côtés de son fou de mari pour le protéger de lui-même, Adèle, la terrible vieille dame qui terrorise la jeune Anna, chargée de l’apprivoiser pour récupérer les archives de Gödel. Adèle a tout supporté, le mépris de sa belle-famille, l’exil, la condescendance des universitaires de Princeton, l’égoïsme cruel de son mari. Elle n’a pas eu d’enfant, a tout juste réussi à avoir une petite maison et a tenu le coup grâce à la rage. Comme dit W. Blake “les tigres de la colère sont plus sages que les chevaux du savoir”. Yannick Grannec nous promène à travers les vissicitudes du 20e siècle, du vieux au nouveau continent (en traversant la Russie), et arrive à nous faire avaler quelques théorèmes très abstraits ! Adèle transmet son énergie à Anna, qui se jettera probablement dans la gueule du loup, en toute connaissance de cause. On lui souhaite de ne pas craquer comme l’épouse du mathématicien de mon enfance … 
“Peste et Choléra” de Patrick Deville : un drôle de bonhomme que ce Yersin pas mondain pour deux sous, passionné par l’univers et ses possibilités infinies plus que par les hommes, retiré à Dalat pendant que la guerre fait rage, écrivant comme Rimbaud à sa mère et sa soeur qui elles ne bougent pas… Presque fou, mais pas dangereux. Un bienfaiteur de l’humanité qui a sauvé des millions d’hommes de la peste et du choléra en inventant un vaccin, comme ça, sur commande… Un très beau texte sur un ours pas comme les autres au style vigoureux et évocateur.

- “Death comes to Pemberley” de P.D.James. Voilà Jane Austen ressuscitée par un vieil anglais auteur de polars. Cela fonctionne parfaitement. Même ironie sociale, même introspection délicate, mêmes rebondissements, mêmes paysages anglais. Je l’ai lu comme du petit lait !

- “Rosa Candida” de Audur Ava Olafsdottir. Les tribulations champêtres de Arnljotur trop jeune pour être père, trop jeune pour être orphelin, mais assez mûr pour décider de restaurer la roseraie d’un monastère perdu sur le continent. Dans son voyage en forme de quête, il rencontre des femmes et des moines, change de géographie et de végétation et perd ses repères. Les roses renaissent et Arnljotur rencontre sa petite fille. Un cadeau tombé du ciel, réincarnation mystérieuse d’une grand-mère disparue tragiquement, une femme solaire amoureuse de la terre et des fleurs comme son fils. On rit, on pleure, on est touché par tant de poésie, de candeur et de drôlerie.

-  ”N’oublie pas d’être heureuse” de Christine Orban. Sa mère lui disait “n’oublie pas de mettre ton chapeau”, son père lui disait “n’oublie pas d’être heureuse”. Le chapeau n’était pas inutile dans cette petite ville marocaine au bord de l’Océan Atlantique. Mais Christine Orban n’en avait cure. Cavalière indomptable, marin sans peur, nageuse infatigable, elle affrontait d’autres dangers. Elle quittera la ville de son enfance au ciel trop bleu pour affronter la solitude et les snobs parisiens. La scène de distribution des cadeaux de noël par une comtesse folle d’elle-même et de coccinelles est une pièce d’anthologie. On rit et on pleure beaucoup dans ce récit des débuts d’une fougueuse romancière.

- “La Femme coquelicot” de Noëlle Châtelet. Un roman léger et rapide qui se lit le temps d’une tasse de thé. Marthe, 70 ans vous la sert dans une délicate porcelaine aussi fragile et éteinte qu’elle-même. Mais Félix vient bousculer tout cet ennui. L’on suit pas à pas les frémissements et les transports de cette passion tardive et l’on se réjouit de voir fleurir des coquelicots flamboyants dans la chambre à coucher qui se fait alcôve.

“Un brillant avenir” de Catherine Cusset. Un couple de roumains exilés aux Etats-Unis. Ils ont réussi et rêvent d’un brillant avenir pour leur fils unique. Une Française  le leur ravit. Ils la rendent responsable de tous les maux, surtout lorsque le fils adoré renonce à finir ses brillantes études et se met au travail. Catherine Cusset explore patiemment tous les méandres des incompréhensions, revient aux origines, à l’enfance roumaine de la mère, à son mariage d’amour, à son exil, ses désillusions en Israël, son passage dévastateur en Italie avant de pouvoir partir aux Etats-Unis, ses années de travail. Tout sépare les deux femmes. Mais petit à petit une relation naît, pour ne pas perdre l’homme qu’elles aiment passionnément toutes les deux. Roman très juste et très subtil. 

“Solar” de Mac Ewan. Un affreux prix nobel fait semblant de donner des conférences sur les dangers du réchauffement climatique  et gère son ennui en accumulant les conquêtes. Il met par hasard la main sur une invention qu’il s’approprie sans vergogne après la mort d’un assistant.  Il devient la métaphore de notre société inconséquente qui prône l’économie d’énergie et continue à consommer sans état d’âme. Notre anti-héros se goinfre, néglige de soigner son mélanome, tombe dans des histoires d’amour et de cul compliquées. Il est tellement abominable que l’on frise l’écoeurement. Du coup, j’ai loupé le coche. Je n’ai pas du tout aimé.

-“Histoire de Lou” d’Irène Frain. Où l’on suit les méandres de l’imagination d’une romancière qui n’arrive pas à percer le secret de Lou, une Américaine trop sage qui cache une riche héritière mythomane. Quand Irène  apprend le “suicide” de son amie, elle décide de revenir aux Etats-Unis pour mener sa propre enquête. Où l’on voit que les méandres de l’imagination d’une romancière sont parfois plus près de la vérité que les enquêtes des avocats. Il y a des réminiscences de “Gatsby” dans certaines descriptions des riches et  des parvenus. Mais le  personnage principal est malheureusement beaucoup moins fascinant que Gatsby.

- “Naissance d’un Pont” de Maylis de Kerangal. Il y a du Dos Passos et du W.Whitman dans le style et l’ambition de cette romancière bretonne. Je comprends qu’elle ait gagné le prix Medicis. On le décerne à ceux qui renouvellent la langue française. A priori, le sujet est rude, technique, pour ne pas dire rebutant. Mais la fresque sociale est criante de vérité et d’humanité. On suit Mo, le Chinois de Datong, Duane Fisher et Buddy Loo, “dix-neuf et vingt ans, peau rouge, peau noire, sangs mêlés”,  ceux-là appartiennent à la base, Sanche, le petit grutier et Shakira Ourga la grande russe, Summer Diamantis, dite concrete, la fabriqueuse de béton, le Boa, nouveau maire de Coca, ville imaginaire de Californie, Waldo l’architecte imbu de lui-même, Soren Cry le mystérieux assassin ours, Jacob ami des Indiens de la forêt et ennemi du pont ,Seamus O’Shaughnessy le syndicaliste irlandais, Katherine Thoreau, mère courage et conductrice d’engins et Diderot, le boss. Tous ces gens-là vont se construire en même temps que le pont. Il y aura des tentatives de meurtres et de destruction, des histoires d’amour et de désespoir et la bataille titanesque entre la forêt et la ville. Le style est âpre, violent, il nous entraîne comme ce torrent tumultueux qui irrigue la ville et la coupe en deux. Un chef d’oeuvre !

-“l’Intranquille” de Gérard Garouste. Décapant. L’art, la folie et le père. Gérard Garouste, meurtri à jamais par un père psychopathe, arrive à peindre entre deux crises de délire qui le ramènent invariablement à Ste Anne. Sa femme Elisabeth ne flanche pas. Ses fils assistent à ses luttes. Gérard peint comme on survit, obéissant à sa voix intérieure : indiens et hommes classiques visitent ses toiles, antisémites catholiques et juifs errants illustrent la malédiction familiale. Il apprend l’hébreu (comme Mary Balmary) pour comprendre la Bible. “Il n’est pas dit dans la Bible : Honore ton père et ta mère, comme on nous l’a appris. La racine du mot hébreu caved, qui signifie “honorer”, est aussi celle du mot lourd. On peut donc entendre : Considère le poids de ton père et de ta mère dans ton histoire”.

- “the Summer without men” de Siri Hustvedt. J’y ai retrouvé une intello de 55 ans dévastée par le départ de son mari de 60 ans. J’avais peur que cela reste très cérébral, mais l’humour et l’amour maternel sous toutes ses formes sauvent le récit d’écueils parfois franchement ennuyeux (tels les thèses féministes et pseudo-scientifiques, le journal des expériences sexuelles de l’auteure…). On y voit évoluer une multitude de femmes de tous âges pendant deux mois : les vieilles copines de sa mère, les jeunes ados d’un atelier de poésie, sa voisine, jeune mère de famille peu soutenue par son mari, sa fille, sa mère… C’est original et souvent touchant. L’expérience de la folie est très bien décrite. Qui pourrait me dire qui est Mr Nobody ?

-“Le Potentiel érotique de ma femme”. Autrefois, quand j’avais la grippe ou du vague à l’âme, je me plongeais dans Jane Austen, pour refaire surface en meilleure forme. Maintenant je vais faire un petit tour du côté de D.Foenkinos. On m’avait dit du mal de ce roman. Et bien, je le défends moi, cet ex- collectionneur repenti, qui replonge dans une autre addiction. Quoi de plus touchant que ce mari transi, sidéré par le spectacle de sa femme qui lave les vitres avec tant de grâce et de sex-appeal! Mon mari n’a pas cette chance, car j’ai une femme de ménage (qui n’est pas très sexy, je ne l’ai pas fait exprès). Je le regretterais presque… Mais n’oublions pas qu’il s’agit d’un roman et que j’ai mieux à faire que laver les vitres… comme écrire un roman justement. En tout cas, c’est un livre à laisser traîner sur la table de nuit de son conjoint…

- “Tout ce que j’aimais” de Siri Hustvedt : la femme de mon chouchou, Paul Auster. Elle a aussi beaucoup de talent. Descriptions minutieuses, amour de la peinture, caractères tourmentés, j’aime ! Mais un peu trop confiné à mon goût. On étudie à la loupe des intellos de Brooklyn. Puis  le roman bascule après le drame et devient TRES humain. J’avoue que je ne l’ai toujours pas fini, car je devais terminer “the Summer without Men” du même auteur, qui est nettement moins épais.

- “Ce que je sais de Vera Candida” : cela m’a valu deux nuits d’insomnie. Impossible de le lâcher. J’ai eu le privilège de rencontrer Véronique Ovaldé. Elle avoue que le choix d’un titre relève de la torture.  On suit avec ferveur quatre générations de femmes, dont 3 filles-mères maudites. Très rythmé, à la fois puissant et délicat, surtout dans les descriptions du sentiment amoureux et maternel. Je vais pouvoir lire “Des Vies d’oiseau” qu’elle m’a gentiment dédicacé.

- ” La Rivière aux grenades” de Michel Jobert. Une évocation de Meknès et sa région de 1920 à 1970. Pour me plonger dans l’ambiance pour la 2° partie de mon 2° roman.

- “La Maison de l’araignée” de Paul Bowles. Cette fois-ci, c’est à Fès en 1955. Pour mieux comprendre les événements qui ont conduit à l’Indépendance du Maroc. En lien toujours avec mon roman n°2. Très intéressante analyse des différences culturelles entre les Musulmans, les Américains et les Français.

- “Du coté des vivants” de Serge Moatti. J’ai fait un effort, pour m’imprégner de la période du protectorat tunisien. J’ai souffert du ton emphatique. C’est peut-être le ton d’une  époque. Et je n’aime pas qu’on me raconte son analyse dans un livre que l’on qualifie de “roman”.

- “Connaissez-vous Paris ?” de Raymond Queneau : 400 questions/réponses de Raymond Queneau. On y apprend une foule de choses sur Paris, comme le nombre d’arcs de triomphe (4), le nom du musée de Paris situé à l’étranger (Hauteville House, la maison de Victor Hugo), etc…

-” Le Coeur cousu” de Carole Martinez, dévoré en une semaine. Haletant, flamboyant, riche, étrange…Carole Martinez, c’est de la grande littérature. J’ai acheté “Du Domaine des murmures” avec une gentille dédicace de l’auteur. Elle attend la sortie de “C’était malgré nous”. Merci Carole !

- “La Délicatesse”, “Nos Séparations”, “En Cas de bonheur”, “le Potentiel érotique de ma femme”… de David Foenkinos. Quand on  commence on ne peut plus s’arrêter. Je suis droguée. Quelle délicieuse fantaisie !

- “Au Pays” de Tahar Ben Jelloum. Simple, poignant, bouleversant et très éclairant. Un immigré marocain qui a passé toute sa vie à travailler en France, angoissé par son nouveau statut de retraité,  construit une maison folle dans son bled natal  pour tous ses enfants qui ne viendront pas. Il meurt dans un fauteuil qui s’enfonce dans le sable, devant la maison qui deviendra son marabout. J’ai le mail de l’auteur que je peux interroger sur Meknès au sujet des événements d’octobre 1956, sujet de mes recherches actuelles pour le roman n°2.

- “Si peu d’endroits confortables” de Fanny Salmeron : c’est l’inscription dont Hannah couvre les rues, les bancs, les statues de Paris, au gré de sa peine, pour noyer le chagrin d’une rupture. Inscription qui sera reprise et enflera jusqu’à l’emporter. Un ton très poétique, une voix originale et à part. Délicat malgré la douleur,  un exercice que seuls réussissent les funambules de l’écriture.

- “Open” d’Agassi. Ne riez pas, c’est très bon ! Agassi raconte, JR Moehringer écrit. Le récit sincère d’un parcours étonnant. “A présent que j’ai gagné un Grand Chelem, je sais une chose que très peu de gens sur terre sont autorisés à savoir, c’est qu’une victoire ne fait pas autant de bien qu’une défaite fait de mal, et la bonne impression qu’on en retire ne dure pas aussi longtemps que la mauvaise. Et de loin.”

-“Luxueuse Austérité” de Marie Rouanet. Une lecture purificatrice, où l’on boit à petites gorgées un texte limpide et serein sur un art de vivre oublié, où l’on ne s’embarrassait ni de bruit, ni d’objets, ni d’artifices. A lire lentement.

- “D’autres Vies que la mienne” d’Emmanuel Carrère. Le livre débute avec le tsunami qui frappe un couple, puis le cancer qui frappe la belle-soeur du narrateur, décrit par le menu le cancer de celle-ci et de son confrère Etienne, juge comme elle. Bref, c’est à frémir d’horreur en continu. En parallèle, le narrateur reprend goût à la vie, fait la paix avec lui-même en racontant l’histoire de tous ces morts et de tous ces drames. Je suis dubitative. Le style est limpide, honnête, l’auteur sans complaisance avec lui-même, mais la démarche me met mal à l’aise. Tout est vrai dans ce livre, pour moi ce ne peut être rangé dans la catégorie roman.

- “Les Heures Souterraines” de Delphine de Vigan. Je l’ai bêtement commencé à 22h15 et n’ai pas pu éteindre avant 1h30 pour le finir. Si j’avais été raisonnable, j’aurais éteint plus tôt et mais je n’aurais évidemment pas dormi de la nuit, totalement frustrée de ne pas connaître la fin. Delphine de Vigan nous fait suivre cette fois-ci deux solitudes urbaines, dans Paris,  ville ogresse, qui avale les humains, les fait transiter par les entrailles du métro et les vomit dans leur entreprise. Les descriptions du métro sont dignes de Zola, le tableau quasi clinique du harcèlement dont est victime Mathilde fait froid dans le dos. Que je suis contente d’habiter Montpellier ! C’est magnifiquement écrit, j’adore les images de poisson, de cartes de chevaliers invincibles qui saupoudrent de poésie cet univers impitoyable.

- “L’Etincelle” de Tahar Ben Jelloun. (je peux le retirer de la liste des livres à lire) Lu en une soirée aussi. J’ai bien fait de me replonger dans les débuts de la révolution égyptienne, ça redonne le moral, quand on voit ce qui se passe aujourd’hui avec les femmes journalistes molestées et violées par la foule… Pourvu que le sacrifice de ce pauvre homme immolé par le feu ne dégénère pas… Tahar Ben Jelloun souligne les  points communs et les différences des révolutions qui ont embrasé le monde arabe. Sa grande connaissance du monde musulman, sa profonde compassion nous éclairent avec justesse.

- “Une forme de vie” d’Amélie Nothomb. Un échange de lettres entre l’auteur et un GI à Bagdad. Il lui révèle qu’il est obèse pour saboter la guerre en Irak. Mi-sérieuse, mi-moqueuse, elle lui conseille de devenir une oeuvre d’art et lui fournit même l’adresse d’une galerie bruxelloise. Soudain, plus de nouvelles. Elle s’inquiète. Est-il mort, malade ? Elle retrouve sa trace à Baltimore, banlieue sinistre. Et elle découvre le pot-aux-roses. Réflexion percutante sur l’affabulation, la littérature, le sens de la vie. Toujours la même fascination pour les personnages monstrueux et profondèment humains. Une fin en queue de poisson…

- “Le mec de la tombe d’à côté” de Katarina Mazetti : Mortellement drôle, terriblement touchant et affreusement triste. La fin est  surprenante, mais somme toute logique. Une intello maigre et pâlotte rencontre un paysan costaud avec seulement trois doigts à la main gauche. L’attirance est irrésistible, mais petit à petit les différences surgissent et grignotent cette belle histoire. Un style et un humour irrésistibles.

- “Saules aveugles, femme endormie” de H. Murakami. J’adore cet auteur  sérieux,  minutieux et complétement dingue. Une série de nouvelles où dominent les regrets, les occasions manquées, les malentendus. Beaucoup de poésie et de rêves.

- “La Conversation” de Jean d’Ormesson. Brillant, érudit, instructif. Bonaparte demande à Cambacérès ce qu’il pense de son idée : offrir un  empereur aux Français pour achever la Révolution dans tous les sens du terme. C’était Bonaparte, avant Napoléon, un être unique, intelligent, infatigable travailleur. Une belle leçon d’histoire, mais je suis  déçue. Je ne crois pas une seconde à ce dialogue fictif, trop artificiel pour être vrai.

-  “Acide Sulfurique” d’Amélie Nothomb : une critique acerbe du monde de la téléréalité sous forme de fable touchante et grinçante. Du Amélie Nothomb pur jus… Pannonique et la Kapo Zdena sont les seules personnes nommées  parmi les matricules de ce camp de la mort filmé en direct, sous l’oeil fiévreux de téléspectateurs en mal de sensations fortes, lovés confortablement dans leur fauteuil. Le dénouement est particulièrement réussi. De quoi vous dégoûter à jamais de la télévision, si ce n’est déjà fait.

-  “Aimez-vous Brahms ?” Je ne l’avais encore jamais lu. Et bien, je n’ai pas regretté. Sagan, elle a du style. Elle sait décrire l’indicible, les sentiments avortés, les émotions étouffées, le tremblement des lèvres qui s’ouvrent pour parler et se taire aussitôt, les changements climatiques qui épousent les variations de l’âme. Bien sûr, tout est triste et absurde, mais tellement bien écrit. Elle n’a pas vieilli. On sait seulement que l’histoire se déroule dans les années 50, car tout le monde fume et boit autant que dans “Mad Men” !

- ” Ni d’Eve, ni d’Adam”, toujours d’Amélie Nothomb. Les débuts de la narratrice dans un Japon qu’elle redécouvre, après l’avoir idéalisé pendant l’enfance. Le quitter avait été un arrachement, le retrouver n’est pas si simple. Mais elle a pour guide un jeune Japonais  à qui elle donne des cours de français. On rit beaucoup  (je recommande particulièrement la scène de la fondue japonaise en plastique), on s’attache comme Amélie au jeune Samouraï, qui peine à la suivre dans l’ascension du Mont Fuji. Et l’on apprend que la Belgique a des attraits que le Japon n’a pas…

- “Les Ecureuils de Central Park” de K.Pancol. Impossible de finir ce truc. Vulgaire, tapageur, au ras des pâquerettes. Il n’y a pas un  personnage pour racheter l’autre. Très décevant.

- ” En sourdine” de D.Lodge. En anglais “Death Sentence”, mais malheureusement le jeu de mot est intraduisible. “Deaf” et “death” sont très voisins en anglais. Ainsi sentence de “sourd” glisse vers sentence de “mort”. Et c’est bien de mort qu’il s’agit. La surdité induit  la mort progressive de la vie sociable. D Lodge décrit sans complaisance et avec l’humour que j’affectionne sa lente descente dans le mal-entendu et les mal-entendus. Il analyse la tentation du suicide (évitée de justesse par le plus célèbre de tous les sourds, Beethoven), la surdité de Degas (sans laquelle il n’aurait peut-être pas peint avec tant de génie) , la souffrance de Larkin…. Mais cela reste un roman drôle et plein de rebondissements, grâce au personnage troublant de l’étudiante américaine qui consacre sa thèse au … suicide justement ! Soyez plus indulgents avec les durs d’oreille. Ce n’est pas de leur faute si leur infirmité fait rire. Merci David Lodge !

- “Secret Daughter” Shilpi Somaya Gowda : Très touchant. Ecrit par une Indienne, élevée au Canada. On y suit le destin de deux familles, réunies sans le savoir par une petite fille indienne. D’abord confiée  à un orphelinat pour ne pas subir le sort commun aux petites filles indiennes, elle sera adoptée aux Etats-Unis par un couple indo-américain, puis retournera en Inde. On oscille entre deux pays que tout oppose - tant au niveau de la cuisine,  que de la pauvreté et de la structure familiale et sociale. Mais l’immense pouvoir de l’amour maternel ne connaît pas de frontière. Parfois un peu larmoyant : inutile de dire sans arrêt que tel personnage a les larmes aux yeux et la gorge serrée ; ça n’ajoute rien à l’émotion, ça l’alourdit plutôt…

- “The Priveleges” de Jonathan Dee. Bien écrit, bien construit, belle analyse sociale d’une certaine caste, mais sans âme. Les personnages sont si caricaturaux que  je n’ai pas ressenti aucune émotion; c’est un prof de littérature qui écrit, il connaît les ficelles et  les manie avec dextérité, mais il ne m’a pas fait vibrer une seconde. Dommage !

- ” Souvenirs” de David Foenkinos. Mon chouchou est plus grave, et il excelle dans les descriptions douces amères des couloirs des maisons de retraite. Comme toujours, on se laisse prendre par une intrigue délicate et pleine de rebondissements. On pleure autant que l’on rit. J’adore ! Mais bon, ça ne vous étonne pas ! Il faut que je lise “le Potentiel érotique de ma femme”, il paraît qu’il est moins bon.

  • les livres qui m’attendent et que j’ai déjà achetés et qui me narguent au-dessus de mon bureau, avant d’aller sur ma table de chevet, quand je leur aurai fait de la place…

“Des Vies d’oiseau” de Véronique Ovaldé

“Rosa Candida” de Audur Ava Olafsdottir

“the Privileges” de Jonathan Dee

“Secret Daugher” de Shilpi Somaya Gowda

“L’Une et l’autre” de Maïssa Bey

“Du Domaine des Murmures” de Carole Martinez