Voie off

Blog de Caroline Fabre-Rousseau

Histoire des malgré-nous

       Les “malgré nous”

  • Qui sont-ils ?

Ils désignent les Alsaciens et les Mosellans incorporés de force dans l’armée prussienne en 1914, allemande en 1940. C’est un sujet douloureux en Alsace et mal connu dans “la France de l’Intérieur”, comme disent les Alsaciens.

C’est un sujet houleux. Les blessures et les incompréhensions sont malheureusement toujours vivaces.

J’ai fait des recherches, lu des témoignages, mais je reste avant tout romancière. Et je ne suis pas alsacienne. J’ai seulement vécu à Strasbourg pendant deux ans, il y a très longtemps.

J’ai voulu rendre hommage aux “malgré nous” à travers un personnage fictif. J’espère qu’il est maintenant l’un des leurs.

  • Pourquoi les “malgré nous” ?

Je ne suis pas historienne, mais plutôt petite main de l’histoire.
Ce qui m’intéresse, c’est le côté caché de l’Histoire, les destins anonymes dont personne ne parle. Des gens qui n’avaient rien demandé à personne et qui se retrouvent dans des situations traumatisantes et inhumaines. On compte toujours le nombre de victimes par centaines, milliers ou millions. A la fin, ça ne veut plus rien dire. En donnant des chiffres colossaux, on dépossède les victimes de leur identité, de leur histoire personnelle, de leur âme. Elles meurent une deuxième fois en quelque sorte, fondues dans un corps monstrueux et non identifié : la masse. Par le biais du roman, je m’intéresse à l’histoire d’une personne. A travers elle, je rends hommage à toutes les autres, muettes à jamais.

  • Un “malgré nous”

Pour Marcel Müller, j’ai lu beaucoup de témoignages et j’en ai fait une sorte de patchwork. Je voulais quelque chose de plausible. Je ne voulais pas inventer. La réalité dépasse souvent la fiction. J’ai juste cousu un personnage avec plusieurs morceaux de tissus déjà portés. Ensuite, je lui ai donné une famille, un métier.

J’ai été très impressionnée par le procès de Bordeaux. Les Limousins continuent encore aujourd’hui à détester les Alsaciens… Quelqu’un qui n’est pas originaire de l’Alsace, mais qui habite en Alsace racontait qu’il avait voulu acheter une résidence secondaire dans le Limousin et qu’il s’était fait injurier par une agence immobilière. Au 21eme siècle, 50 ans après le drame d’Oradour.

  • L’expression “malgré nous”

J’ai toujours été très intriguée par le terme “malgré nous”. Il illustre bien le destin collectif. On dit : il est “malgré nous”, ce qui est étrange.

De plus le mot plaide non-coupable, comme s’il fallait s’excuser. Dire “je suis un malgré-nous” sonne comme un aveu de faiblesse. Beaucoup de gens ont accusé les Alsaciens et les Mosellans de lâcheté, car ils ignoraient que leur famille étaient mises en danger en cas de désertion. J’ai voulu rappeler le contexte de l’époque et surtout parler de Tambov et du procès de Bordeaux.  Pour eux, la guerre ne s’est pas finie en 1945. Et ça, on l’oublie ou on l’ignore.